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Penser la place des pères en périnatalité… et au sein des formations

Un article d’Olga Perelman

Olga Perelman est docteure en psychologie clinique, chargée de mission au Copes et propose la formation Transition à la paternité, du prénatal au postnatal, https://www.copes.fr/Enfance_adolescence/Developpement_enfant_parentalite_transculturel/SM22-47

« Qu’est-ce qu’un père ? On en parle beaucoup. Mais le plus souvent pour dire ce qu’il n’est pas […] absent, manquant, disqualifié, abandonnique, inconsistant. Sa fonction défaille, il démissionne, il prend la fuite. Il est toujours ailleurs, jamais là où on l’attend » (Korff Sausse, 2009).

Depuis plusieurs années maintenant, la question clinique de la paternité ne fait que de se développer et d’interroger de plus en plus les professionnels qui accueillent et accompagnent les familles en période périnatale, dès la période de grossesse jusqu’aux premiers temps de vie du bébé et donc de rencontre à trois.

Historiquement, la grossesse et les bouleversements somatiques et psychiques propres à cette période ont été abordés sous l’angle exclusif de la maternité et de la femme devenant mère. Autrement dit, le père a longtemps fait partie des « oubliés » de la dynamique familiale. Les professionnels exerçant auprès des familles n’ont en revanche rarement manqué de souligner et de constater l’ « absence du père », le « manque du père » et ses effets sur l’enfant. Les recherches en psychologie, anglo-saxonnes d’abord, ont pu renforcer ce constat, étant donné l’influence exercée par le père sur le développement psycho affectif et social de l’enfant.

La prise en compte actuelle du père dans les institutions qui prennent en charge la famille s’articule étroitement avec un ancrage historique d’un modèle traditionnel du père, « séparateur » de la dyade mère-bébé, garant de l’anti-fusion. Finalement, cette idée de s’intéresser à eux, à leur vécu interne, émotionnel, vis-à-vis de leur désir d’enfant, de la grossesse et de l’attente de l’enfant, sans faire un copier-coller de ce qui se joue pour la femme, est un sujet plutôt très récent dans la littérature.

Au sein du Copes, nous constatons en ce sens une demande croissante de formations sur cette thématique, à laquelle nous avons à cœur de répondre. Les questions restent larges : comment accueillir ces « nouveaux pères » ? Quelle place leur faire ? Quel travail et quel accompagnement peuvent être proposés ? Mais, nous constatons également que ces demandes des institutions s’inscrivent souvent dans un souhait plus global de traiter d’abord et avant tout de la parentalité. L’axe du côté paternel a donc encore du mal à trouver pleinement sa place. Parallèlement, les moyens donnés pour leur offrir une certaine place sont encore balbutiants. Nous sommes encore dans une période de transition qui tend à s’opérer et on observe, malgré tout, des améliorations de manière très progressive, comme l’allongement du congé paternité et l’ouverture plus fréquente de groupes de paroles aux pères ou futurs pères.

Dans le cadre de nos formations auprès des professionnels concernés, un détour socio-historique paraît donc indispensable pour comprendre certaines contradictions avec lesquelles les pères peuvent se construire et appréhender leur paternité. Il y a en effet un certain paradoxe dans les attentes sociales sur la présence du père, qui peut se résumer ainsi : il s’agit bien souvent d’exiger ou de souhaiter que les pères soient présents … mais pas trop ! La maternité reste encore l’apanage des femmes et il ne s’agirait surtout pas de prendre leur place.

Dans le milieu médical, il y a des postures qui sont attendues, quand d’autres suscitent plus de réserves. Parmi celles admises, il y a le fait que le père doive s’impliquer au moment de la naissance. Mais un père qui s’impliquerait trop et notamment dès les premiers temps de la grossesse, cela peut questionner les équipes (pour exemples, un père présent lors des consultations gynécologiques de sa compagne ou un père qui à la naissance de l’enfant serait « collé » à son bébé dans un peau-à-peau quasi continu). Les soignants restent malgré eux encore dans un ancrage traditionnel et ils peuvent avoir du mal avec la sensorialité dont le père peut faire preuve dans le contact avec son bébé. Reconnaître que le père pourrait non seulement s’appuyer sur son propre père mais aussi sur sa propre mère dans sa paternité demeure parfois complexe et peut faire l’objet de résistances inconscientes au sein des institutions.

Aujourd’hui, plusieurs centres maternels tendent à accueillir également les pères et – bien que le nom ne change pas –  deviennent ainsi des centres pour parents en difficulté. Pourtant dans l’historique de la création des centres maternels, il s’agissait bien de protéger les filles-mères des violences des hommes.  Entre représentations violentes, absentes, manquantes et représentations plus sensorielles, contenantes et douces, certaines institutions et notamment certains services de périnatalité (maternité, lieux d’accueil parents-enfant, PMI, …) peuvent avoir des difficultés à laisser sa juste place, toujours singulière, au père.

L’un des axes étudiés actuellement dans les recherches sur la paternité est la question de l’agressivité, consciente ou inconsciente, qui peut émerger à l’occasion d’une grossesse, qu’il s’agisse d’une agressivité à l’encontre de la future maman ou du bébé, ce rival qui prend de la place dans le corps et le cœur de la femme, à son détriment, comme il peut l’imaginer parfois. Pour plein de raisons, le travail psychique de l’homme durant la grossesse peut être mis en difficulté et il s’agit donc d’avoir en tête les spécificités cliniques propres au devenir père. Alors que les pères se doivent d’être présents, certains sont ainsi très désorientés.

Alors, comment accompagner les professionnels concernés par l’accueil des deux parents et notamment des hommes qui deviennent pères ou déjà pères ? Quels messages peut-on transmettre au sein des formations et sur quels axes est-il pertinent de travailler avec les équipes ? Laisser une place au père, qu’est-ce que cela signifie ? Accepter qu’il ait ses propres fragilités et les accueillir, les entendre et sensibiliser ces futurs pères au fait qu’ils vont eux-mêmes connaître des métamorphoses auxquelles ils ne sont pas toujours préparés. Mais pour cela, il est nécessaire que les professionnels puissent eux-mêmes reconnaître et comprendre leur propre ambivalence, leur propre rivalité voire agressivité à l’égard de ces pères, afin de leur proposer une véritable place.. Il est ainsi plus que nécessaire d’aller au cœur du contre-transfert des équipes pour que les professionnels puissent accompagner au mieux les familles.

C’est de ma double place de formatrice et de psychologue clinicienne – chercheuse en périnatalité et en collaboration avec mes collègues du Copes, que nous avons souhaité ouvrir encore davantage cet axe au sein de nos formations en proposant un stage sur la transition à la paternité et les spécificités cliniques de la grossesse du point de vue du père (avril 2022).