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La résistance et le changement …

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Roch du Pasquier est psychologue clinicien, psychothérapeute et formateur au Copes concernant la pratique de la thérapie systémique. Il écrira un article par mois pour Scope, le blog du Copes, dont celui-ci est le neuvième. Le sujet de cette rubrique mettra en lumière la thérapie systémique, tant par son histoire que par ses concepts.

 

La résistance et le changement …

 

Prendre le droit de créer des valeurs nouvelles c’est la conquête la plus terrible pour un esprit accoutumé aux fardeaux et au respect. À la vérité cela lui paraît être de la rapine et l’affaire des bêtes de proies, parlait Zarathoustra. (1) « En Marche pour le changement ! » répétait le candidat Emmanuel Macron pour que nous nous jetions à l’eau avec lui. « J’ai eu l’impression que c’était une espèce de thérapie de groupe pour convertir les français à l’optimisme » commentait Michel Houellebecq sur le plateau de L’Émission politique entre les deux tours.

Ces difficultés peuvent-elles nous renseigner sur celles d’une famille qui cherche à changer en faisant une thérapie ? Il s’agit maintenant de nous questionner sur les résistances au changement : celles des couples et des familles mais aussi celles des thérapeutes. Laissons celles du peuple à notre huitième président de la République française ! Et rappelez-vous (je me refuse à le tutoyer), celui qui travaille sans tenir compte du système thérapeutique auquel il appartient ne sera pas capable d’établir le distinguo entre les résistances de la famille et les siennes. Ou celles en oeuvre au sein de la co-thérapie, ou dans l’institution dont il est le représentant…

 

Dès 1900, Freud constate que la partie de l’analyse la plus difficile concerne la lutte contre les résistances. En découlera la règle fondamentale qui invitera l’analysé à dire ce qu’il pense et ressent sans rien choisir et sans rien omettre de ce qui lui vient à l’esprit. (2) Freud définira la résistance comme tout ce qui, dans les actions et les paroles de l’analysé, s’opposera à l’accès à son inconscient. En 1938, à la fin de sa vie, il revient sur la résistance, s’interroge sur les résistances à la guérison, et cela parce que la guérison est elle même considérée par le moi comme un nouveau danger. (3) Plus tard les systémiciens de Palo Alto reconnaîtront cette difficulté et des stratégies verront le jour pour lutter contre les résistances au changement, mais en 1912 un autre psychanalyste s’interroge. Pour Ferenczi, la résistance provient de la répugnance profonde à comprendre des choses pénibles mais aussi de la grande méfiance que certains médecins éveillent. (4) La disposition du thérapeute, voilà un levier intéressant. Confronté à des résistances qui bloquent le traitement, Ferenczi expérimente. Il demande à un patient phobique de se confronter à la situation qu’il évite, constate un accès d’angoisse aigu mais aussi que du matériel refoulé est revenu. Il invente une technique active dans laquelle, outre l’observance de la règle fondamentale, il impose au patient une tâche particulière. Le médecin est-il en mesure d’accélérer la cure par son propre comportement à l’égard du malade ? se demande-t-il.

En Californie, Weakland, Fisch et Watzlawick (5) poursuivent leurs recherches en terme de système à la suite de Gregory Bateson. Ils décrivent deux types de changements. Le changement de type I n’est pas un vrai changement : plusieurs changements successifs amènent le système à revenir à son point de départ. Ce qui peut être perçu comme un changement à l’échelle de l’individu ne l’est pas pour son groupe d’appartenance.

Le changement de type II correspond au vrai changement : il consiste à trouver la solution en sortant du système. Pour y arriver il s’agit d’acquérir la capacité d’apprendre à apprendre (6).

Un exemple ? Relier ces neuf points entre eux par quatre lignes droites et seulement quatre : rappelez-vous que la solution, comme tous les changements de type II, se trouve en sortant du système…

 

 

 

 

 

Pour Don Juan, indien Yaqui rencontré par Carlos Castaneda au Mexique (7), l’homme de savoir va devoir affronter des ennemis s’il veut pouvoir changer. Ces ennemis sont au nombre de quatre : la peur, la clarté, le pouvoir, la vieillesse. Don Juan raconte au sujet du premier ennemi :

  • Lorsqu’un homme commence à apprendre, ses objectifs ne sont jamais clairs. Il espère en tirer un bénéfice qui ne se matérialisera jamais, dans son ignorance des difficultés de l’étude (…) Bientôt ses pensées se heurtent, ce qu’il apprend n’est pas ce qu’il avait imaginé (…) Il prend peur. Si, terrifié par sa présence, il se sauve, son ennemi aura mis un terme à sa recherche…

  • Et que peut-on faire pour surmonter cette peur ?

  • La réponse est simple. Ne pas se sauver. Avancer dans le savoir, pas à pas. On peut être profondément effrayé sans pour autant s’arrêter. Voilà la règle. Puis le moment viendra ou le premier ennemi reculera.

 

Avec le combat contre la peur du changement nous rencontrons la capacité à apprendre. Lors du début de la thérapie le professionnel évalue aussi en ces termes la demande de la famille :

Que demande-t-elle ? Est-elle capable de ne pas se sauver ? Comment relancer ses processus d’apprentissage ?

Andolfi et Angelo confirment le couple solidement établi entre apprentissages et changements dans leur tentative de définition du processus thérapeutique. Nous pensons que l’apprentissage constitue une part importante de la thérapie. En thérapie, on apprend et donc on modifie aussi ses propres modèles perceptifs. (8)

À la famille qui arrive en demandant :

  • Aidez-nous même si vous ne pouvez pas nous aider parce que c’est impossible.

Ils répondent :

  • Oui, je vais vous aider en ne vous aidant pas.

Et sont prêts à commencer la thérapie tout en déclarant avec la famille que le changement est impossible, donc que le maintien du statu quo est nécessaire. À la fin de cette phase de confrontation le thérapeute va poursuivre son dialogue paradoxal avec la famille en disqualifiant toute amélioration. Les différentes phases de la thérapie familiale seront abordées de la même manière jusqu’à ce que la famille et le thérapeute décident d’arrêter les séances vécues désormais comme inutiles. Dans ce modèle, à rebours de beaucoup de propositions, le thérapeute prend à son compte la résistance afin que la famille prenne au sien le changement.

 

L’intervenant n’est pas l’incarnation du changement. Lorsqu’il s’implique dans la construction de la relation sans explorer au préalable les tentatives qui ont échoué, il peut même incarner l’échec et favoriser les résistances. À contrario, avec l’exploration du contexte et la mise en hypothèses circulaires (9) des problèmes, l’intervenant peut travailler sans se substituer à l’apprentissage que la famille devra réussir à effectuer pour changer. Vous le voyez, il est moins question ici d’une disposition favorable ou non de la famille que de la manière de se placer du thérapeute.

Sigmund Freud s’est interrogé dès le début sur la résistance. Il a élaboré la règle de l’association libre pour que l’analysant ne reste pas bloqué par sa peur du changement. C’est par l’analyse des difficultés de son patient à respecter cette règle que le psychanalyste va aborder la résistance.

 

Pour le systémicien cette posture n’est pas adaptée à l’accueil de la famille. Pourtant il ne va pas plus entrer en guerre avec les résistances. Avec ses hypothèses circulaires, il va communiquer différemment, tout comme le psychanalyste le fait par l’analyse des projections transférentielles de son analysant.

Alors, si vous êtes aux prises avec une famille déroutante, affolante ou déprimante, dites-vous que vos manières de faire participent obligatoirement de ce qui se passe dans la relation. Et c’est une excellente nouvelle car sans l’acceptation de votre participation à ce qui se déroule pendant la séance vous ne pourrez pas accompagner les familles sur le chemin délicat du changement !

Avant la pause estivale notre prochaine rubrique reprendra certains concepts dans leur contexte historique.

 

Roch Du Pasquier

dessins de Romuald Font

 

 

La solution au problème des 9 points :

Ces 4 droites vont passer par les 9 points en sortant du cadre aux deux angles aigus du triangle rectangle (en haut à gauche et en bas à droite).

 

1 F. Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Livre de poche.

2 S. Freud, « La méthode psychanalytique de Freud », La Technique psychanalytique, PUF.

3 S. Freud, « De la technique psychanalytique », Abrégé de Psychanalyse, Payot.

4 S. Ferenczi, « Suggestion et psychanalyse », Psychanalyse 1, Payot.

5 P. Watzlawick et coll, Changements, paradoxes et psychothérapie, Points Seuil.

6 M. Goutal, du fantasme au système, ESF.

7 C.Castaneda, L’Herbe du diable et la petite fumée, 10/18.

8 « Le thérapeute comme metteur en scène du drame familial », Le système thérapeutique, ESF.

9 Cf rubrique La jungle des hypothèses.